C'est moi

 

 

Texte Libre

 

Dimanche 25 novembre 2007

Sans vouloir en juger,
on peut avoir ses préférences


Troisième et dernier volet


Suite (et fin) de mes notes d'hier et d'avant hier
Je crois qu'on ne peut que donner raison à Brigetoun : on peut extrapoler, chez La Fontaine, de l'amitié à l'amour. Et lire le regret dans ce vers : "Hélas quand reviendront de semblables moments..."
La version de René Clair, mise en musique et interprétée par notre grand Charles, nous parle plus exclusivement d'amour, de celui de coeur et de chair, de l'un des partenaires qui part au déchirement de l'autre.
Elle m'évoque des fins sans gloire, d'unions qui semblaient sans histoire, chez le plus humble des couples de mes proches,  jusqu'au plus haut de notre pyramidale gouvernance, celle qui fut en lice autant que celle qui est en place. Au point que certains pourraient en juger, l'exemple venant d'en haut - dit-on - que la désunion serait la norme.
Je me garderai d'affirmer...

Le plus souvent, des deux qui se séparent, l'un l'a choisi librement et l'autre pas. Ne reste au(à la) relégué(e) que le choix de subir. 
Sans généraliser, parodiant Henri Daniel Rops et de Saintes Ecritures, je me pose la question : liberté, où est  ta victoire...?
Reste à la morale de garder le front haut : passés les mauvais premiers jours, il n'est pas rare  que "l'abandonné(e)" retrouve un avenir plus heureux que son(sa) ex-compagne, victime, certaines fois, du talent de chanteuse des sirènes...

Fils de famille recomposée, l'image que je retiens de l'abandon de partenaire n'est pas de complaisance.
Jugez de ma chance d'être né :
Veuve d'un  premier mari victime de la ruade d'un cheval en colère, un couple s'est reformé. Le frère du défunt épousa celle qui devint ma mère : deux enfants en bas âge avaient besoin d'un père.
Mariage d'amour ? Quelle question incongrue ! Le devoir a suffit à dicter la conduite.
Je suis né quatrième d'une mère encore jeune, éprouvée de veuvage, et second d'un papa généreux, de dix ans son aîné...

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre...? J'ai toujours su mes deux parents heureux !
Du devoir acompli ? Peut-être aussi. Mais déjà d'être ensemble.
Si l'un des deux est parti avant l'autre, c'est juste à cause de la faiblesse de l'âge et de la maladie.

Devoir d'hier que l'on qualifierait aujourd'hui de contrainte, couples actuels dont l'un des deux se libère au détriment de l'autre... Le temps qui a passé a changé l'appréciation que l'on porte sur les choses... 

Où est la vérité...?
Loin de moi l'idée de vouloir en juger...
Et loin de moi l'idée d'un reproche à quiconque.  
Juste, entre devoir et liberté, le droit de dire ma préférence.
Même si je crains qu'elle ne soit pas "tendance".



Très bonne semaine à vous

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Samedi 24 novembre 2007

Second volet

Les deux pigeons

Suite d'hier. Second volet de mes deux pigeons, dont l'un n'est pas toujours celui auquel on pense

Paroles de René Clair. Musique de Charles Aznavour   1963  
Texte et image mis en blog chez mon amie Syl,
(voir le lien colonne de gauche)
le lundi 29 octobre dernier


Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais l'un d'eux a quitté leur toit
Qu'ils sont longs les jours de l'attente
Et longues sont les nuits sans toi

Un pigeon regrettait son frère
Moi je regrette mon bel amour
Comme lui j'attends un bruit d'ailes
Le doux bruit d'ailes de son retour

J'ai laissé partir avec elle
Le bonheur qui nous était dû
Sur le chemin du temps perdu

Amant heureux amant
Redites-le souvent
Une absence est toujours trop longue
Rien ne sert de courir le monde
L'amour passe et les feuilles tombent
Quand tourne la rose des vents

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais l'un d'eux a quitté leur toit
Qu'ils sont longs les jours de l'attente
Et longues sont les nuits sans toi

Un pigeon regrettait son frère
Moi je regrette mon bel amour
Comme lui j'attends un bruit d'ailes
Le doux bruit d'ailes de son retour

J'ai laissé partir avec elle
Le bonheur qui nous était dû
Sur le chemin du temps perdu


A demain matin  ...
si vous le voulez bien
pour d'autres pigeons anciens

 

 

 

 

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Vendredi 23 novembre 2007

Façons et manières d'être "pigeon"...

Aujourd'hui celle du fabuliste, demain celle du parolier et dimanche un peu de la façon d'autrefois.
 

Je commencerai, si vous le voulez bien, par la façon Jean de la Fontaine. Version assez connue, paraît-il (ah bon...).
Ensuite, je vous rapporterai (demain) ce que les mots du buveur d'eau ont inspiré à René Clair, parolier d'une chanson de Charles Aznavour que je ne connaissais pas (la chanson).
Une note de Sylviane me l'a fait découvrir
Et pour finir, dimanche matin, ce que la lecture de l'une et l'autre fables a fait naître dans mon cerveau d'ancien.
Exceptionnellement, l'article paraîtra donc sur trois jours : VSD, comme le magasine hebdo.


Premier volet 

Les deux Pigeons
Jean de La Fontaine

Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le coeur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
Vous y croirez être vous-même.
A ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las,
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ? 


                                                                                                                                           
A demain matin pour les mots de René Cair...

 

 

 

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