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   Cuisine d'instinct  

La recette du week-end 

Consulter la carte complète en cliquant sur le calendrier, à la date du 19 mars
A raison d'une recette par week-end, ça prendra du temps pour toutpublier .
N'hésitez-pas à me demander de vous en adresser une (ou plusieurs) en PJ par mail sans attendre

andretieno@cegetel.net (à recopier)

Témoignage

Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 11:08

1502 mots,.Titre et chapeau Berylium 26+ 11

 

7332 signes

8809 espaces compris 

 

 


Mon village des années 1920

Piney est un petit village tranquille entre Brienne et Troyes, entre Champagne pouilleuse et Champagne humide. Terre à moutons au nord, forêt et pâturages au sud. Dans les années 1920 la basse-cour fournit les œufs, la vache son lait et le cochon son lard. Tout existe et s’échange, le village est largement autonome. On cultive les légumes au jardin, le grain pour le pain vient du champ, un carré de vigne désaltère toute l’année. Le monde est agricole. Vaches allant au pré, bœufs et chevaux tirant charrettes, araires et rouleaux, la guerre enfin finie, vie s’écoule sereine.

En haut de la rue de la halle, un artisan vient de monter un atelier pas comme les autres. Fils de paysan, une pleurésie mal soignée l’a amené à trouver un métier en rapport avec sa santé. Il fabrique des poupées-chiffon, des ours en molleton rouge, des chiens en tissu bourré et des esquimaux, rose et bleu, à bonnet pointu. Des poupées chiffon avec des masques en carton, des poupées de salon aux grands yeux très bleus, peints sur des faces en tissu, moulées au fer chaud, comme les chapeaux, et des poupées à tête en porcelaine, mains et pieds cousus au bout de leurs membres de tarlatane gonflée d’effiloché de coton.

 

Le patron

J’ai vécu tout petit dans la boutique du père. Lui souvent à la scie, à découper les matelas de tissus : vingt-quatre épaisseurs en accordéon (la douzaine est l’unité de mesure) celle du dessus tracée des contours de ses patrons. Toujours en vareuse de drap, pantalon de coutil rayé gris, la casquette indissociable du crâne, un cache-col qui protège sa gorge fragile - il vit avec un seul poumon depuis 1913 - un grand tablier bleu à poche kangourou qui contient ses marqueurs, une paire de grands ciseaux et son paquet de tabac gris qu’accompagne le cahier de feuilles à rouler ses cigarettes biscornues. Tout en entraînant le tracé de son matelas jusqu’au ruban tranchant de la scie, il veille sur son monde par-dessus ses lunettes à demi-verres, sans phrases inutiles, exhortant les plus lentes, calmant les plus volubiles, d’un geste, d’un mot, d’un regard… Il dit que la femme qui parle, sans excès, travaille tout autant, tandis que la cadence de l’homme s’en ressent.

 

L’apprentissage

Héritier présumé – mes frères poursuivent des études d’hommes savants – j’y entre à quatorze ans, certificat scolaire en poche, en apprentissage de trois ans. On me donnera 10% du SMIG pour commencer, à 17 ans je gagnerai le SMIG complet !

On a tout préparé pour mon arrivée. Comme pour celle des filles que leurs parents on fait inscrire bien avant leur sortie d’école. On est en 1949, il y a encore beaucoup à reconstruire et beaucoup d’enfants qui naissent de l’après-guerre.

Et la Loi nous protège de patrons qui pourraient être moins humain que le nôtre : l’article 3 de la Loi du 2-11-1892, modifiée le 30-03-1900 et le 22-12-1911 leur interdit de nous faire travailler  plus de 11 heures par jour, et seulement 6 jours par semaine. Plus encore, l’article 13 stipule que les « femmes, filles et enfants » ne peuvent être employés dans les établissements insalubres ou dangereux, où l’ouvrier est exposé à des manipulations ou à des émanations préjudiciables à sa santé, que sous les conditions spéciales déterminées par des réglementations d’administration publique. Il est même interdit « d’employer des enfant au dessous de 18 ans à faire tourner des appareils en sautant sur une pédale » (Décret du mai 1893, art.3)

Je commencerai par équiper des chiens et des chats de chariots montés sur roulettes, puis je fixerai les bras et jambes des ours. J’apprendrai à coudre les oreilles, planter les yeux, broder les griffes et truffes, puis ce sera les assemblages des puzzles de tissus sur la machine à coudre à pédale de ma mère, une vieille New-Home que ma fougue de jeune homme fait vibrer. La découpe des matelas, la préparation des commandes… C’est qu’il y en a des gestes à connaître pour apprendre. Et à savoir faire rapidement et sans défaut…

 

Les rembourreuses

Assises sur des chaises, les rembourreuses placent des mèches de frisons qu’elles enfilent dans les enveloppes de tissus qui se transforment en corps, têtes et membres de nounours. Les cheveux cachés par un foulard pour les protéger de la poussière, elles appuient l’outil, sorte de grand tournevis à large base, sur leur ventre, protégé d’un cuir fixé par une ceinture.  De part en part d’une table sous laquelle on a glissé la balle de fibre, elles sont sept qui tirent sur le frison et l’enfilent dans les peaux. La plus jeune n’a pas quatorze ans et l’aînée n’est pas encore mariée. Modeleuses, elles sculptent, de l’intérieur de l’enveloppe, la forme définitive. Long nez, front fuyant ou face renfrognée, l’ours des années 20 est unique. Embryons sans membres, chaque tête, chaque corps, et jusqu’aux jambes, lisses ou variqueuses, torses ou galbées, aux pieds beaux ou bots ou même… plats, chaque pièce est une création de l’ouvrière.

 

Les brodeuses

A une autre table, deux femmes plus âgées placent les oreilles et les yeux de boutons de  bottine en une seule aiguillée. Elles brodent aussi les truffes, gueules et griffes en coton noir, sauf pur les chats qui le sont de rose. Ce sont elles qui confèrent à l’ours son expression finale : étonné ou béat, sympathique ou pas, souriant ou agressif, la position des oreilles, l’écartement des yeux et le dessin de la bouche définiront pour la vie son caractère et son humeur.

 

Le chirurgien reconstructeur

Mais il ne suffit pas de faire que l’ours entende et voit. Pour vivre, il lui faut aussi pouvoir tendre les bras et se déplacer jusqu’où son petit maître veut le voir aller. C’est pour le compléter qu’un homme en tablier de tonnelier, un cuir à la main droite, lui fixe bras et jambes. Equipé de deux pinces, l’une coupante et l’autre ronde, il boucle du fil d’acier doux dans lequel il enfile u bouton et qui traverse le bras, le corps, puis l’autre bras, avant de positionner le deuxième bouton et de faire la deuxième boucle.

 

Les domiciles

En plus de la douzaine d’ouvrières d’atelier, des « domiciles » assemblent les peaux de molleton sur leur machine à coudre, souvent « Singer » équipée de la même pédale que celle de ma mère. Chaque soir, entre 18 et 19 heures, elles défilent en animant la boutique des tout derniers potins du village.

Plus âgées qu’à l’atelier, vêtues de camaïeux de gris jusqu’au noir selon l’ancienneté de leur veuvage, un tablier protégeant la blouse qui protège la robe, elles rapportent dans un sac de jute le travail de la journée et repartent avec celui qu’elles feront le lendemain. D’autres domiciles rembourrent de sciures des petits chats que l’on équipe à la boutique d’un fil élastique muni d’une sonnaille et de trois pompons de couleurs. Celles-ci rapportent leur ouvrage dans une balle d’osier qui brinqueballe sur une brouette à la roue cerclée de fer qui crisse dans les cailloux des rues sans asphaltes.

 

Reconnaissance

Pour se faire connaître, Emile Thiennot a exposé au Concours Lépine, en 1920. Titulaire cette année là d’une médaille de bronze pour les jouets en tissus bourrés de sa fabrication, j’ai toujours vu son diplôme encadrée accroché au dessus de la table qui lui servait de bureau. Sa carte commerciale et les en-têtes de ses papiers d’affaire le précisaient aussi. Au début, pour dire sa compétence et plus tard pur afficher son ancienneté.

C’était une de ces petites entreprises dont le patron n’était ni à responsabilité limité ni carrément anonyme. Mon père l’a créée tout juste après une guerre sanglante, la guerre économique engendrée par la mondialisation y a mis un terme en 1994. En moyenne, une cinquantaine de personnes y ont été employées.


 


 

 

André Thiennot

 Membre de la Société Académique de l’Aube 


L’Ours de mon Père

Dès 1919 l’atelier de mon père a proposé du travail aux jeunes filles de Piney et de la joie aux enfants de

 l’après guerre. Ne dit-on pas qu’il aurait été le papa du premier ours de France, quinze ans  avant d’avoir

 été mon père…

Je me souviens de mon apprentissage comme si c’était hier ..

Par aben - Publié dans : Témoignage
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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 10:57

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Par aben - Publié dans : Témoignage
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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /Mars /2007 11:26

L'attelage en ligne

J’ai vous ai parlé des chevaux, des vaches écornées, du coq et de ses poules, de la naissance des lapins russes et du sort d’eunuques réservé aux mâles. Il me reste à vous présenter les deux chiens du paysage.
Un mâle et une femelle, mais pas en couple. L’un de garde du corps de ferme et l’autre pour les souris des champs. L’un logé en cabane, été comme hiver, la nuit comme le jour. Attaché à une chaîne à l’entrée de la cour. L’autre vivant à la maison, accompagnant le maître aux champs, deux pas derrière le pantalon de velours cotelé,  dormant la nuit dans la paille près des chevaux. A l'abri des intempéries, des pluies, du vent et des gelées.

Le gardien alertait volontiers. Un mouvement insolite, même au loin et tout de suite c’était l’alarme… « Il ne va pas se taire  ! » disait ma tante, le soir à la veillée, en aparté, mais assez fort pour que l'oncle l'entende et que sa voix de mauvaise humeur l'incite à sortir le sermonner : « Ca doit être un chat, ça va passer » lui répondait l’homme au repos après sa journée pour la faire patienter. Jusqu’à ce que ma tante ouvre une fenêtre et crie pour faire taire le chien  : « C’est pas bientôt fini ! T'as eu ta gamelle ! Couché… !  »  Des fois, ça marchait, des fois pas. Le plus souvent, l’oncle sortait calmer sa bête. Autant par des menaces de sanctions pour la gêne occasionnée que par des compliments pour le zèle à bien faire son métier.
Nous, les enfants, on n’avait pas le droit de s’en approcher. Il n’aurait pas mordu (enfin, je crois) mais il était si fou à tirer sur sa chaîne, courant en arc de cercle dans l’angle d’un mur et de la grille, autour de l’axe du piquet fixé au pied de la cabane, qu’il aurait pu nous faire tomber.

Mirette, c’était autre chose. La preuve, je me souviens de son nom. Une chienne âgée, qui ballottait ses mamelles sous un ventre distendu. Au champ, en hiver, au temps des labours, elle suivait l’oncle dans la roie, tout juste découpée par le coutre, ouverte et retournée par le soc de l'araire. Toujours à deux pas du bas de pantalon du maître. L’été,
c’était autre chose qui la faisait marcher : les souris découvertes sous les tas gerbes, cinq assemblées pour une pile, jusqu'à douze pour une potée ! Affolées ou aveuglées, les trottes menues ne trouvaient pas toutes assez vite la porte de leur maison souterraines.
En deux mots, voilà pour ce qui en était des chiens.

Un  tout petit dernier regard sur une dernière race d'utilitaires : les chats.
Nourris à la porte, mais à l'extérieur. Logés à leur gré, étable ou aire de grange, ils avaient à choisir et pouvaient découcher. Branche mineur de la communauté, on ne les approchait pas. La volonté était de les garder nature. Sans caresses ni ronrons qui vous gâche un chasseur. Leur raison d'être ? Les souris des bâtiments dont la régulation du nombre leur incombait.


Mais revenons aux chevaux.
Le cheval, à la ferme, c'est le vrai compagnon. Celui avec qui l'homme partage ses souffrances d'efforts, ses déceptions d'échecs, la fierté des réussites communes.
Le couple n'est pas sans anicroche. La bête est capable de se cabrer quand elle souffre d'injustice. Et le maître peut crier, menacer, si la tâche exige encore plus de l'animal.

Chez mon oncle comme le plus souvent chez d'autres, ça n'était pas le maître qui était exigeant, mais le travail. Aussi exigeant de l'homme que du cheval.  Encore que, malade ou blessé, on attendait du cheval qu'il guérisse avant de le remettre au travail. C'était un peu la raison d'être de l'arrivée de Mignonne, que ma tante lui reprochait quelquefois quand les fonds étaient au plus bas : "Avant d'acheter ta pouliche, tu y arrivais avec un seul cheval...! "
Oui, mais Lami s'était fait vieux, Mignonne était devenue nécessaire. 

L'homme, seul, ne pouvait pas toujours attendre de guérir. Qui aurait préparé la terre pour semer, semer pour faire pousser, dédoublé les betteraves à fourrage, butter les pommes de terre, faucher les récoltes... Et qui encore les aurait chargé au juste temps de leur murissement ?
Ma tante et les cousines ? Peut-être !
Mon oncle avait deux chevaux, la ferme n'avait qu'un maître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par aben - Publié dans : Témoignage
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Soixante-dix ans
quand j'ai commencé le blog

74depuis le
11 fevrier 2009

J'habite dans un
petit village de
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J'ai aimé écrire,
jardiner, bricoler.

Aujourd'hui
Je cuisine

 

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