La belle et l'oiseau

Publié le par aben

Cruels instincts...!

Elle était plutôt de salon, Lysa. Pas chatte des bois !
Quoi que, par beau temps, au printemps, elle ne dédaignait pas guetter les proies qui se posent et s'envolent...!
Où donc avait-elle entendu dire que l'oiseau est goûteux pour le chat ?
Dans la maison, sur un journal que l'on lit, sur un cache radiateur l'hiver, la tête derrière le rideau pour voir les gens passer... Ou ronronnant l'oeil mi-clos, tout près de sa maîtresse... Ou bien encore, assise sur mon bureau, poussant un à un tous les crayons jusqu'au delà du bord, les contemplant qui tombent... Ou jouant à la gomme comme d'autres à la souris... Elle était d'intérieur notre innocente greffière..
Les jours de fête, en l'attente d'invités, elle adorait notre salle à manger. Profitant que l'on soit en cuisine, elle visitait la table dressée, louvoyait sur la nappe blanche, slalomait entre nos douze couverts sans en toucher aucun, sans bousculer un seul de nos trente-six verres du dimanche.
C'est à la place d'honneur que l'on la retrouvait, couchée en rond serré dans l'assiette de l'invité de bout de table, la queue cachant la tête.
Elle était capable de tant de savoir faire notre belle empoilée !
Adroite et le regard perçant, elle aurait dû pouvoir, comme les autres, attraper des oiseaux.
Mais non !
Une souris, quelquefois, quelques tarentes, à Gassin, une musaraigne étourdie, mais d'oiseau... point !

Ah si pourtant, j'oubliais. Mais où avais-je la tête ?
A Piney, les tourterelles adorent le parc ! Elles y roucoulent, y font leurs nids, y pondent, y
couvent leurs oeufs à Pâques...
Cette année-là, Lysa les avait observées qui allaient et venaient, jusqu'à ce qu'un beau jour (pour elle) elle entende l
es petits qui pépiaient dans leur nid, tricoté un peu bas.
C'est en rentrant du bureau que l'on les a trouvé tous les deux, la chatte qui faisait les yeux ronds à un oisillon blessé qui gisait devant elle, sans encore de plume et ni même de duvet... qui paraissait tout nu.
Elle le surveillait, le ramenant d'un coup de patte feutré s'il faisait mine de s'en aller. Comment l'aurait-il pu ? Le haut du dos écorché, juste à la base du cou, le pauvre n'en pouvait plus. Il vacillait comme le feu d'une bougie, titubait sans ivresse, restait prostré, les yeux clos...

Lysa n'a pas compris pourquoi on la grondait. Elle en était si fière de ce si gros trophé. Pas encore emplumé, mais plus lourd que deux ou trois moineaux.
On a remis le blessé dans sa nichée... le lendemain matin, en allant aux nouvelles,  au pied de l'arbre, c'est la couvée complète que l'on a retrouvée . Trois bébés tourterelles, un mort et deux agonisants...






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François 04/10/2005 00:51

Hé oui, on ne peut rien faire contre la loi de la nature, une chatte, même de salon, est avant tout une chatte ...
A moins de la dresser à n'attraper que des rongeurs mais ... il y a des gens qui aiment les souris et les rats ...
Impossible de contenter tout le monde et son âne ... ça me rappelle La Fontaine ... je ne sais plus trop quelle fable, il faudra que je ressorte le livre de ma bibliothèque.

aben 03/10/2005 11:37

Tu as raison, ma première chute était plus juste.

micheline84 03/10/2005 10:39

non je ne crois pas qu'elle voulait avoir la paix :on avait touché à son nid elle ne se sentait plus en sécurité..

micheline84 02/10/2005 11:09

j'avais d'abord cru à un joli tableau ,image délicate et bien lèchée qu'on aimerait pouvoir accrocher au mur mais c'est un petit drame ..tout à fait réaliste .
la nature est ainsi faite!
je crois que je vais mettre le pendant sur mon blog (emprunt à mon auto bio)décidément je copie sur toi..pas tout à fait quand même et mon histoire est bien plus vieille!