Le pigeon est-il bien toujours celui auquel on pense...? (1/3)

Publié le par aben

Façons et manières d'être "pigeon"...

Aujourd'hui celle du fabuliste, demain celle du parolier et dimanche un peu de la façon d'autrefois.
 

Je commencerai, si vous le voulez bien, par la façon Jean de la Fontaine. Version assez connue, paraît-il (ah bon...).
Ensuite, je vous rapporterai (demain) ce que les mots du buveur d'eau ont inspiré à René Clair, parolier d'une chanson de Charles Aznavour que je ne connaissais pas (la chanson).
Une note de Sylviane me l'a fait découvrir
Et pour finir, dimanche matin, ce que la lecture de l'une et l'autre fables a fait naître dans mon cerveau d'ancien.
Exceptionnellement, l'article paraîtra donc sur trois jours : VSD, comme le magasine hebdo.


Premier volet 

Les deux Pigeons
Jean de La Fontaine

Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
L'un d'eux s'ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le coeur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
Vous y croirez être vous-même.
A ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las,
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ? 


                                                                                                                                           
A demain matin pour les mots de René Cair...

 

 

 

Publié dans Portraits

Commenter cet article

Marie 23/11/2007 23:26

Tu peux venir marcher à côté de moi dans les sous bois.
L'on écoutera le silence qui y régnera.
Bisous.
 
Marie

arielle 23/11/2007 22:58

La Fontaine..........."eh Jean De La Fontaine, laisse moi boire un peu de ton eau".......... extrait de mon recueil "instants choisis". Jean De La Fontaine est mon plus grand inspirateur. Merci de le mettre à l'honneur.
arielle

Lynette::0038: 23/11/2007 20:13

bonne soirée

Alain 23/11/2007 18:44

Bonsoir André
On aime toujours ces bons mots de ce sacré Jean ! Mis celle-ci ne revient pas dans ma mémoiire ! Pour mon engin, tu as raison , c'est un tarare mais comme je ne me souvenais plus du nom alors j'ai mis trieuse ! Bonne soirée ----  Alain

christian et renee :0027: 23/11/2007 17:32

pauvre petit pigeon , heureusement qu' il s' en est sorti , non sans mal , la curiosité est un vilain défaut qui peut nous rendre bien malheureux , a part la première phrase , je ne pense pas avoir connu cette jolie fable , mais j' ai pu l' oublier depuis le temps.J' aime encore mon petit pigeon d' un amour très tendre et j' espère que ça durera encore longtemps , mais j' ai la facheuse tendance d' aller aussi voir d' autres pays , mais pas sans mon pigeon roucoulant quand même.Ha ha ha , gros bisous marseillais à vous deux . mamiekéké , cricri d' amour , et Dimitri le petit pigeonneau.