Les deux chevaux de mon oncle 3/4

Publié le par aben

 Les lapins de ma tante

La cour n'est pas très unie diront certains qui n'ont toujours vécu qu'en ville. C'est normal. La forme lui a été donnée par un lit de craie concassée, recouvert de cailloux, de tout-venant de rivière, terminé d'un peu de gravier, saupoudré de sable fin, tassée, damée, pour supporter les roues cerclées de fer des chariots les plus lourds qu'on appelait "camion". Demain, promis, je vous montrerai, celui de mon oncle.

Le désuni que l'on voit entraîne l'eau du trop plein et de la vidange de l'abreuvoir en un creux exprès. Plus loin. En contrebas. Au pied du tas de litières usagées qu’on appelait fumier. Un tas de pailles et de matières qui fermentaient, d’où montait la vapeur en hiver.
« Fumier », « purin », des mots communs, qui n’avaient rien d’insultant. Des noms de matières naturelles, régénératrices de terre et nourritures de plantes.
Des mots sortis du vocabulaire du monde agricole moderne. Qui s'est habitué à prononcer "Mosando" ou "Pechiney" et d'autres noms que le monde entier emploie comme ceux d'une langue maternelle. Les noms de l'industrie chimique qui sonnent mieux à l'oreille que purin et fumier. Et qui sentent moins mauvais. sans être meilleur à respirer... 
Les chimistes ont si bien packagé leurs mixtures qu'on les dirait plus saines que ce que sait faire la nature. Là où l’homme n’a pas d’intérêts roturiers, les plantes, les animaux meurent après leur vie. Et régénèrent les sols de la décomposition de leurs restes... 
Les engrais et autres pesticides chimiques, mieux présentés que le bouillon d’ortie, nous semblent plus anodins,
Passons.

Ce qu'on ne voit pas non plus, sur la photo, c'est l'intérieur de l'écurie.
Le long du mur de ce côté : rien ! Quelques balles de paille de réserve pour rafraîchir la litière, c'est tout. Autant dire : rien !
Contre le mur d'en face, la mangeoire. Sur toute la longueur. Et devant, moitié gauche, les stalles des deux chevaux, séparées d'un bat-flanc suspendu par deux chaînes. Moitié droite, un enclos fait de planches de bois blanc. A l'intérieur, une épaisse couche de paille d'orge et des dizaines de lapins que l'on appelait "russes". Des blancs, avec le dedant des oreilles roses et un peu de gris sur l'extérieur et sur le bout du nez, qu'ils ne savaient pas tenir au repos. Et avec ça, des yeux superbes, rouges profonds, comme en ont les albinos.

L'élevage de lapins, c'était l'entreprise de ma tante. La ferme était équipée d'un clapier à cases individuelles, une quinzaine de cabanes en longueur sur trois rangées superposées. Elle en avait fait sa nursery. Une quarantaine de mères triées sur le volet mettaient bas ici. Bon an mal an, chaque fin de printemps plus ou moins deux cents choses roses se mettaient à gigoter dans un coin du fond des cabanes.
Il faut savoir qu'une lapine, ça sait s'organiser. Au fond, d'un côté, le nid, douillet, garni de brins de foin fins et de poils de lapin que la maman s'arrache. Dans l’autre coin, les cabinets. Ce qui fait deux quarts de cercles bien séparés, chacun chargé d’un rôle déterminé. La chambre des bébés et les cabinets de la maman loin de la porte grillagée, tout au fond, pour protéger les nouveaux nés de la curiosité des enfants et la sensibilité de leur nez .
Sur le devant, la paille propre et le foin frais. Les éclats de betteraves, les pissenlits, le trèfle ou la luzerne, les trognons de pain dur, tout ce que mange une maman qui allaite ses petits. Les reliefs des repas qu’elle tient au propre pour quand la faim la reprendra.
Personne n’apprend ça aux lapins. Ils ne croisent pas d’enseignants de ces choses là. Qui pourraient leur dire comment faire. Ils ne sortent pas de leur cabanes.
La lapine reproductrice, une fois installée, ça s'organise !
Demain, je vous parle des lapins ados

                                                                                                            à suivre...

Publié dans Témoignage

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vincent 07/03/2007 17:00

Belle visite du clapier André, je revois les lapins des fermes que j'ai visitées dans mon enfance. je revis même les odeurs. A present les cages sont en béton et les lapins y sont souvent malades.

lecracleur 05/03/2007 00:06

les tourterelles sont sedentaires  et tous les ans reviennent nicher dans le DOUGLAS

Lilou 04/03/2007 23:37

C'est bien raconté, il ne me reste pas autant de souvenir du moins aussi précis, mis à part la fosse à purin où j'étais tombé vers l'âge de 6 ans. bonne soirée

Joël 04/03/2007 09:29

Bonjour André,
Bonne Fête à toutes les grands-mères, s'il y en a !
Bises à Michelle et bon Dimanche à vous deux.
Joël.

Joël 03/03/2007 19:01

Bonsoir André,
tu me fais penser à Pépé (paix à son âme) qui regardait les yeux des lapins avant d'en acheter un sur le marché !
Bises à Michelle et bonne soirée à vous deux.
Joël.
PS toujours rien, moral en baisse ici :(