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Texte Libre

 

Mardi 6 février 2007

Les mains d'or suite
Résumé du chapitre précédent : passé son certificat d'études primaires, le jeune André, alias aben sur ses jours murs, entre en apprentissage dans l'atelier de ses parents, fabricants de jouets en tissus bourré.

Dès le premier mois j'ai su monter des chiens, des chats et des lapins sur des chariots en fil de fer munis de roulettes en bois. La boutique était réputée pour ses jouets en tissus bourrés qu'on disait « à traîner ». En raison, justement, de ces roulettes dont j'avais mission de les équiper. La moyenne horaire du monsieur âgé que j'allais remplacer était de quarante chariots à l'heure, je m'étais fixé d'arriver à en monter un à la minute ! 

Qui vient de crier « A bas les rendements? » 

Je venais de lire « Treize à la douzaine », l'excellent ouvrage de la famille Gilbreth, couple d'ingénieurs industriels américains, pionniers de l'étude du rendement, parents d'une fratrie d'une douzaine de rouquins et rouquines qui apportent à l'histoire écrite toute la fraîcheur que le septième art a tout simplement ridiculisée en caricaturant les personnages jusqu'au "caca-bouillasse" défouloir qui n'existe aucunement dans le livre. Pour qui n'aurait vu que le film, sachez qu'il ne s'agit que d'une mascarade, qui ferait se retourner dans leurs tombes la famille toute entière, pour autant qu'elle puisse imaginer que c'est d'elle qu'on se moque sur l'écran. Pas sûr qu'elle puisse se reconnaître.

Ce couple m'a tout simplement appris à développer ma gestuelle du travail manuel. 

Je rêvais de devenir coureur cycliste, Marcel Bidot allait m'apprendre à calculer mes efforts pour parcourir les distances en un minimum de temps et à arriver en haut des côtes, qu'elles soient ou non longues ou pentues, sans y dépenser trop d'énergie.

Je m'entraînais avec mon vélo de certif sur les routes pendant mon temps libre, je m'entraînais pareillement à améliorer ma gestuelle au travail. Merci Gilbreth, merci Bidot ! 
Avant la fin de mes trois premiers mois, j'arrivais à monter mes soixante animaux sur leurs quatre roues, en me fatigant moins. 
Le couple Gilbreth m'avait expliqué : Dans le processus, c'est l'oeil qui commence le travail. Il frôle les manches de l'outil avant que la main s'en empare. Il arrive à la roulette en bois teintée de fuschine que la main va saisir avant même que les doigts se referment sur l'outil.  Pareil pour le poinçon qui va percer le bas de la patte du chien, pareil pour le bout du chariot qui passera par le trou et pour le trou lui-même... Toujours l'oeil devance le geste. Les doigts, la main, le bras, le buste même, gardent en mémoire l'emplacement des objets et s'en emparent sans attendre que le cerveau les sollicite. Ca s'appelle le geste réflex, comme celui du pianiste ou de la dactylo.
Ca demande de l'attention au début. Après, c'est fou ce que ça économise comme temps et comme énergie. Plus simple et tout autant indispensable : l'emplacement des pièces à mettre en oeuvre. Fonction de l'ordre dans lequel on devra s'en saisir et de la distance que le geste aura à faire.  

 

Bon, je ne dis pas que j'étais là-dessus du matin au soir, mais obtenir plus en dépensant moins, je n'ai jamais trouvé ça tout à fait idiot.
Dans ces trois premiers mois, le monsieur qui partait m'a aussi appris à équiper les ours cul-de-jatte et manchots de leurs bras et de leurs jambes, les sourds de leurs oreilles, les aveugles de leurs yeux. J'ai appris à faire les noeuds de ruban aux cous des animaux : trois cents faveurs nouées bouclées à l'heure. 

Avec l'habitude, la fatigue n'était plus que celle d'un vingt kilomètres heure sur un vélo, ce qui est une allure de sénateur qu'un coureur supporterait plus de douze heures d'affilées s'il avait à le faire. Et encore, si je parle de douze heures, c'est qu'un vélo de course n'a pas de dynamo d'éclairage. Trop fragiles sur leurs flancs, les boyaux ne supporteraient pas d'entraîner la mécanique. 

L'ambiance de la boutique, après la guerre - j'y suis entré en 1948 - était redevenue comme avant. Comme celle que j'ai décrite dans mes notes de Noël dernier. Qui racontent l'atelier de mon père à ses débuts, dans les années vingt. 

 

Quelques ouvrières mariées étaient encore là, comme le levain du boulanger qui fait lever la pâte du lendemain, la plupart s'étaient arrêtées au premier enfant. Quelques jeunes du certificat des années d'après l'occupation et la disette étaient entrées, dont deux de la même année que moi.  

 

Dans un village d'un millier d'habitants, tout le monde connaît tout le monde. Tous les enfants sortent des mêmes écoles : maternelle pour tous, puis écoles des filles et écoles des garçons.
                                                                          à suivre....

 

 

par aben publié dans : Témoignage
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Commentaires

Image Hosted by ImageShack.usbonne journée mousaillon et gros bizous
commentaire n° : 1 posté par : vitany (site web) le: 06/02/2007 13:11:52

visualiser avant de commencer le travail est une bonne méthode d'organisation. Sympa comme métier que de fabriquer des jouets.


bonne soirée


arielle

commentaire n° : 2 posté par : arielle (site web) le: 06/02/2007 16:08:07

Bonsoir André,


tu as bien retenu les leçons ! Dommage que tu ne sois pas devenu champion du tour de France :)


Pas de canard aujourd'hui, demain, ça volera plus bas :)


Bises à Michelle et bonne soirée à vous deux.


Joël.


PS Bruna fatigue vite, elle n'est pas assez heurée en plus du reste :(

commentaire n° : 3 posté par : Joël (site web) le: 06/02/2007 16:27:51

ô ce livre ! maman nous a élevé avec. En plus c'est drôle - mais j'ai un peu oublié ses enseignements


je ne savais pas qu'il y avait eu un film

commentaire n° : 4 posté par : brigetoun ou brigitte celerier (site web) le: 06/02/2007 16:44:43

tu redécouvres par esprit d'émulation et intelligence un principe de base du taylorisme,l'organisation d'un travail méthodique pour un rendement maximum correspondant à un effort moindre dans la mesure où il devient une suite de réflexes conditionnés.


Le taylorisme est une Méthode de travail" qui tire son nom de Frederick Winslow Taylor (1856-1915). Cette méthode repose sur une division du travail en tâches simples et répétitives individuellement optimisées et sur le paiement des employés au rendement (mesuré au nombre de pièces et avec l'aide du chronométrage

commentaire n° : 5 posté par : micheline (site web) le: 06/02/2007 17:14:45
Quel merveilleux métier!
commentaire n° : 6 posté par : ~~Kri~~ (site web) le: 06/02/2007 18:41:50
"Trois cents faveurs nouées, bouclées à l'heure" : ça en fait des animaux à la fin de la journée !
commentaire n° : 7 posté par : tanette (site web) le: 06/02/2007 18:56:39

belle histoire de ton apprentissage,pour la photo, tu as vu juste.


Bonne soirée.


Gérard

commentaire n° : 8 posté par : Gérard (site web) le: 06/02/2007 20:00:14

Très intéressante votre histoire....l'observation est vraiment primordiale....et prédispose a mieux travailler...


 


ly

commentaire n° : 9 posté par : lady (site web) le: 07/02/2007 03:21:57
yes, et après ......avec tes 2 copines du certif
commentaire n° : 10 posté par : Lumi (site web) le: 07/02/2007 09:07:25
Gamin, Mignonne ! Nos vaches et nos chevaux portaient les mêmes prénoms ! Encore une ressemblance frérot !
Super "Tes mains d'or" Je vais m'en faire un tirage.
commentaire n° : 11 posté par : GELZY (site web) le: 07/02/2007 09:13:43
un apprentissage façon compagnon du Tour de France, avec un guide pareil, tu nepouvais que bien entrer dans le monde du travail...
commentaire n° : 12 posté par : muse (site web) le: 07/02/2007 09:33:27
LE VELO DU CERTIFICAT D'ETUDE  QUEL SOUVENIR  , MONPERE  M'AVAIT ACHETE UN VELO  A 8VITESSES  DE LA MARQUE "NEUHARD" du nom d'un ancien cycliste
commentaire n° : 13 posté par : lecracleur (site web) le: 07/02/2007 10:30:43
Image Hosted by ImageShack.usgros bizous ici  froid brouillard givrant bref de quoi ne pas mettre le nez dehors
commentaire n° : 14 posté par : vitany (site web) le: 07/02/2007 11:29:15

Oh mais que c'est interessant ton histoire! de sacré souvenir dis moi!! très bonne journée!*


 


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commentaire n° : 15 posté par : marie-odile (site web) le: 07/02/2007 12:55:38
encore !!! la suite !!!! merci DD de partager tes souvenirs avec nous !!
commentaire n° : 16 posté par : kheyliana (site web) le: 07/02/2007 15:01:29
Faire du vélo ou des nounours , c'pas la même chose mais quel heureux appentissage tout doux .Que de beaux souvenirs, toujours aussi agréable à lire ... Merci et bonne semaine
commentaire n° : 17 posté par : pauline (site web) le: 08/02/2007 00:58:37

Moi aussi j'ai travaillé dans une fabrique de jouets ...en bois!


bonne journée

commentaire n° : 18 posté par : dana (site web) le: 08/02/2007 03:29:28
toujours autant attentive à la lecture de tes lignes, et je me pose la question : as-tu l'intention d'éditer ce texte également ?
commentaire n° : 19 posté par : marie.l (site web) le: 08/02/2007 09:49:45

Bonjour André,


bien reçu le canard :) merci encore !


Il fait gris ici aujourd'hui et il pleut depuis quelques minutes :(


Bises à Michelle et bonne journée à vous deux.


Amitiés de nous trois.


Joël.

commentaire n° : 20 posté par : Joël (site web) le: 08/02/2007 15:11:05

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