En attendant lundi

Publié le par aben

Demain, je vous reparle, pour en conclure, du "numérique".
En attendant, je vous ai croqué un mini portrait sur le vif, à la plume et au clavier, à défaut de vous l'avoir photographié.


La retraite du pêcheur  

Assis sur une bitte du vieux port de la Ponche, veste de drap et casquette marine, il tourne le dos à la mer. Pas par dédain, non. C’est seulement que la mer, il la connaît tellement qu’il n’a plus  besoin de la regarder pour la voir. Toute sa vie, du phare de Camarat à celui des Sardineaux, il a été marin-pêcheur de Méditerranée. Depuis gamin sur le bateau de son père jusqu’à l’âge où on lui a fait comprendre qu’il fallait qu’il s’arrête : les rhumatismes, l’arthrose, le cœur… enfin : l’âge …  

Toute une vie sur un même bateau : celui du père. Un pointu que, quand le père est parti, il a équipé d’un treuil à moteur, pour remonter le filet, . Un outil qui lui avait économisé les frais d’un compagnon et les mots qu’il aurait fallu dire et entendre s’ils avaient été deux sur un seul bateau. 
Causer, il n'avait jamais su. Et pour dire quoi, qu'il aurait pu causer... ?   

Aujourd’hui encore, à califourchon sur sa bitte, il regarde seulement. Sans rien dire. Et encore, écrire qu'il "regarde" n'est pas tout à fait la vérité. En vrai, ce qu'il voit se trouve plutôt « en dedans »… 

 

Il tourne le dos au vieux port qu’il n’a pas besoin de regarder pour voir.
Près de soixante ans qu'il le pratique. De tout gosse jusqu'à ne plus pouvoir.
Il a toujours un pointu qui y trempe. Pas le gros, non, un petit qu’il s’est offert pour sortir encore un peu. Quand la mer est belle, que son dos veut bien qu'il se penche en avant...
Yeux mi-clos, il regarde quand même (un peu) passer la vie des autres qui demandent à le photographier pour montrer aux enfants de leurs enfants comment c’était, autrefois, un pêcheur de Saint Tropez.  


La vie des autres passe devant ses yeux, il tourne le dos à la sienne, qui s’éternise à s’écouler lentement. 

 

(C'est juste un portrait, faut pas non plus s'apitoyer, je vous le décris seulement comme il était quand je l'ai vu, le vieux pêcheur tout seul, de Méditerranée...)

 

 

 

 

Publié dans Portraits

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frenchpeterpan 12/04/2006 09:19

petit texte très bien écritbravomoi j'aime la nostalgie  :-)

micheline 10/04/2006 08:51

une vie en dedans.C'est sûr : il en reste toujours en dedans qu'on ne saurait dire.
je pense aux paroles de michel Sardou:
"on a tous une passion perdue
un rêve qui n'est pas revenu"  tu connais?, "c'est dans 55 jours, 55nuits"je crois  
es-tu comme François, tu ne peux pas lire mes video??
allez bonne semaine nous partons tout à l'heure mais je peux recevoir en bas débit. bisous

Syl 09/04/2006 19:45

Alors là mon cher André, pas besoin de changer de numérique... car lorsque l'on possède comme toi, le talent de pouvoir mettre côte à côte les mots pour en faire un portrait aussi attachant... nul besoin que le texte s'accompagne d'un cliché que chacun de nous à pu voir au travers de tes lignes.... Bravo pour ce texte qui me touche.
Gros bisous à vous deux, Syl

Joël 09/04/2006 15:46

marie.l 09/04/2006 11:56

très beau texte André, non pas à s'apitoyer mais à presque l'envier, et à partir à la réflexion. Superbe portrait.
Bon dimanche