Pas un cheveu sur la langue mon coiffeur

Publié le par aben

Les poulets de bord de mer

Non, je ne vais pas vous parler des gendarmes de Saint-Tropez, mais de vrais poulets de plages... au goût bizarre.
Des poulets qui vivent à l'année sur le sable doré du littoral du Sénégal.

Voici donc l'histoire insensée que le séchoir de mon coiffeur m'a soufflé à l'oreille lors de ma dernière coupe de cheveux.

 
Il ne prend que sur rendez-vous, mon coiffeur. Quand un poilu entre, un tondu n'est pas loin de sortir. Avec son assistante qui nous masse le crâne, ça nous fait souvent n'être que trois dans son petit salon.
Des fois on discute, des fois pas... ça dépend...
 
Ce jour-là, elle est venue par la grippe aviaire, la conversation.
Pas pour refaire le monde. Non. Comme ça.  Sait-on jamais comment vient une conversation que l'on n'attendait pas...? 


Pêcheur au gros devant l'éternel, mon Figaro était, cette année là, avec un ami, en vacances à Dakar. Logé dans un hotel dont l'entrée donne sur une route de niveau, et l'arrière surplombe la mer d'assez haut.
Il pouvait voir, de sa fenêtre, encaissée au pied d'une énorme muraille rocheuse, une étendue beige claire au bord de l'eau. Une surface pas bien grande, assez loin sur la gauche, de quarante mètres sur cent tout au plus, selon ses dires.
Une surface sur laquelle évoluuaient des enfants noirs, courants, gesticulants et des petites choses rondes et remuantes,
Ca pouvait être une plage, sur laquelle des enfants jouaient, mais pas seulement. Vue d'en haut, la scène interpelait...

Ce qui avait surtout attiré l'attention de nos deux compères, c'était les deux pirogues accrochées à un piquet fiché dans l'eau, comme deux chevaux auraient pu l'être à la porte d'un distributeur d'autres liquides, plus "alcolés"  que salés.

Questionné sur la route à suivre pour descendre demander à leurs propriètaires s'ils accepteraient de les leur louer, le concierge  leur avait parlé d'un chemin encaissé qui se faufilait dans les rochers, mais qu'ils ne devaient pas prendre : " C'est beaucoup trop dangereux pour des pêcheurs au gros..." 
"Même Carlos ne s'y engagerait pas...?" S'étaient amusés nos amis !

Par la mer ? Ils n'avaient pas de bateau... Juste ces deux pirogues qui semblaient les narguer, qui auraient fait leur affaire s'ils avaient pu les emprunter. Mais comment s'en approcher ?

Bien chaussés, ils s'engagèrent sur le parcours, comme on leur avait dit qu'il ne fallait pas faire. Au début, le chemin s'était montré accueillant. Pas un chemin de verdure, mais un sol assez plat, encombré seulement de quelques gros rochers, détachés du paysage, faciles à contourner,
Au bout d'un kilomètre, au jugé, ils avaient trouvé la faille annoncée, dans laquelle ils devaient (ne pas) s'engager. L'escalade à l'envers pouvait commencer.
.
Et quelle escalade : un chemin impossible, pentu, encombré de roches emmêlées, de plantes à épines, de crevasses à franchir, par bonds intrépides... Un paysage d'apocalypse : Capharnaum à côté aurait fait figure de paradis.

Ils avaient mis une bonne heure pour arriver en bas. (Encore que le qualificatif de l'heure : "bonne"  soit franchement usurpé). Fourbus mais sans s'être blessés...
Ce qui pouvait passer pour un miracle, tant ils n'avaient insisté que pour ne pas se déjuger....

La plage était de sable.
Trois cases (des cases, primitives, "authentiques" comme on dit aujourd'hui, sans tôle ondulée rouillée en guise de toiture, sans vieux pneus pour s'asseoir, sans ficelles de plastique pour relier les ramures) abritaient quelques familles, sans que l'on puisse dire combien.

Des gosses tout nus, tout noirs  et de tous âges, étaient occupés à de petits travaux. D'autres s'amusaient à se battre. D'autres encore jouaient avec des coquillages, en faisaient des gris-gris à vendre aux gogos blancs.
Certains autres même se chamaillaient. Tout naturellement.

Ils étaient nombreux, quinze ou vingt, qui s'étaient aussitôt attroupés devant mon coiffeur et son ami. Incrédules de les avoir vu déboucher du sentier qu'ils savaient impossible : eux allaient en pirogue pour se rendre en ville .

Des femmes et des hommes, de plusieurs générations, vivaient là, en résidence principale.

Et des poules ! Des dizaines de poules. Peut-être des centaines...! En tous cas : plus de dix dizaines.
Pas si serrées que celles dont on fait du blanc dans les hangars d'élevage, mais tellement nombreuses qu'on les voyait grouiller dans le sable comme les asticots dans un bruccio. .

Des dizaines, peut-être donc même des centaines, de poules et de coqs, les unes chantant avec fierté le résultat de leur ponte, les autres vantant leur virilité toujours prête. Toutes et tous caquetant comme nos lavandières de bord de l'eau, qui scandaient autrefois leurs potins à grand coup de battoirs.
Un peuple d'emplumés, grattant le sable avec ferveur et fientant à loisir comme un jour de concours...

Pendant que son ami négociait l'emprunt des bateaux, mon coiffeur suivait des yeux les gestes des gamins.

Trois s'étaient emparés d'un filet, grand comme un drap de grand lit.  
Qu'ils se mirent à faire tourner au-dessus de leurs têtes avec habileté. Comment ? Mystère ! Mais le fait est qu'il tournait, le filet ! 

Et même tournoyait. De plus en plus vite. Jusqu'à ce que, enfin lâché, il s'abatte dans une grande gerbe d'eau...

Les poules étaient accourues en une grande bousculade. Comme celles de la basse-cour de ma tante quand elle était fermière et que j'étais gamin en vacances à la ferme ! 
Puis deux autres gosses étaient venus aider les trois lanceurs pour remonter la prise : le filet chargé pesait lourd !

A cinq, ils le tirèrent sur la plage.
Avant que toute la pêche soit rendue sur le sable, les poules s'étaient lancées à l'assaut du tas frétillant de tout petits poissons, mais à peine de la taille d'un anchois.

Les gosses reprirent leur artisanat, qu'ils iraient vendre en pirogue aux touristes, d'autres recommencèrent leur jeux.
Aucun adulte ne semblait avoir à leur donner d'ordres : de faire ceci ou bien cela, ou de ne pas faire...
Les poules elles-mêmes connaissaient bien leurs rôles.
Juchées sur le filet, elles piquaient vaillamment dans le hachis gluant...

Sur le sable crasseux de la plage... la vie suivait son cours .

- "Je n'ai pas remangé de poulet depuis..." 
Avait conclu mon coiffeur en orientant son miroir pour que je reluque ma nuque et que je le gratifie de mon habituel : "Parfait...!" 

Publié dans Au jour le jour

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Joël 16/01/2006 09:22

bonjour, alors ces vacances sont terminées :) la grisaille est de retour ce matin...bonne journée et à bientôt. Joël.

aben 16/01/2006 09:56

Ici, on a un beau soleil... Température voisine de zéro,

Alexandre-Gabriel 16/01/2006 00:41

Coucou Aben... je suis ravi de te retrouver. Je te souhaite une bonne semaine. Gros bisou

aben 16/01/2006 09:55

Merci mon petit ami de très loin. Bonne semaine à toi aussi

Eric 15/01/2006 17:25

Salut André
Il va falloir que j'imprime tes textes aussi maintenant pour pouvoir les lire à tête reposée. En plus j'en ai loupé pas mal. J'espère que ça va chez toi.
Je file sinon je vais encore être en super retard de com. C'est dingue le boulot que ça donne un blog.
Bonne fin de week-end mon Ami
Si ça t'embéte que j'imprime tes textes tu me le dis

aben 16/01/2006 09:53

C'est sans droit, tu peux imprimer ce que tu veux. Sauf qu'après, ça prend aussi du temps pour lire. Mais c'est vrai que ce sera plus confortable.Amitiés

Gérard 14/01/2006 13:38

un coucou d'Alsace.Gérard

aben 16/01/2006 09:48

Je t'ai vu en Normandie... En bord de mer. Et tu me coucoute d'Alsace...?

MimilafOlle 14/01/2006 13:35

enfin le retour de Aben! Super!

aben 16/01/2006 09:46

Bien content de ton accueil. Merci. Embrasse Hwa pour moi.