C'est moi

 

 

Texte Libre

 

Mercredi 7 mars 2007

L'attelage en ligne

J’ai vous ai parlé des chevaux, des vaches écornées, du coq et de ses poules, de la naissance des lapins russes et du sort d’eunuques réservé aux mâles. Il me reste à vous présenter les deux chiens du paysage.
Un mâle et une femelle, mais pas en couple. L’un de garde du corps de ferme et l’autre pour les souris des champs. L’un logé en cabane, été comme hiver, la nuit comme le jour. Attaché à une chaîne à l’entrée de la cour. L’autre vivant à la maison, accompagnant le maître aux champs, deux pas derrière le pantalon de velours cotelé,  dormant la nuit dans la paille près des chevaux. A l'abri des intempéries, des pluies, du vent et des gelées.

Le gardien alertait volontiers. Un mouvement insolite, même au loin et tout de suite c’était l’alarme… « Il ne va pas se taire  ! » disait ma tante, le soir à la veillée, en aparté, mais assez fort pour que l'oncle l'entende et que sa voix de mauvaise humeur l'incite à sortir le sermonner : « Ca doit être un chat, ça va passer » lui répondait l’homme au repos après sa journée pour la faire patienter. Jusqu’à ce que ma tante ouvre une fenêtre et crie pour faire taire le chien  : « C’est pas bientôt fini ! T'as eu ta gamelle ! Couché… !  »  Des fois, ça marchait, des fois pas. Le plus souvent, l’oncle sortait calmer sa bête. Autant par des menaces de sanctions pour la gêne occasionnée que par des compliments pour le zèle à bien faire son métier.
Nous, les enfants, on n’avait pas le droit de s’en approcher. Il n’aurait pas mordu (enfin, je crois) mais il était si fou à tirer sur sa chaîne, courant en arc de cercle dans l’angle d’un mur et de la grille, autour de l’axe du piquet fixé au pied de la cabane, qu’il aurait pu nous faire tomber.

Mirette, c’était autre chose. La preuve, je me souviens de son nom. Une chienne âgée, qui ballottait ses mamelles sous un ventre distendu. Au champ, en hiver, au temps des labours, elle suivait l’oncle dans la roie, tout juste découpée par le coutre, ouverte et retournée par le soc de l'araire. Toujours à deux pas du bas de pantalon du maître. L’été,
c’était autre chose qui la faisait marcher : les souris découvertes sous les tas gerbes, cinq assemblées pour une pile, jusqu'à douze pour une potée ! Affolées ou aveuglées, les trottes menues ne trouvaient pas toutes assez vite la porte de leur maison souterraines.
En deux mots, voilà pour ce qui en était des chiens.

Un  tout petit dernier regard sur une dernière race d'utilitaires : les chats.
Nourris à la porte, mais à l'extérieur. Logés à leur gré, étable ou aire de grange, ils avaient à choisir et pouvaient découcher. Branche mineur de la communauté, on ne les approchait pas. La volonté était de les garder nature. Sans caresses ni ronrons qui vous gâche un chasseur. Leur raison d'être ? Les souris des bâtiments dont la régulation du nombre leur incombait.


Mais revenons aux chevaux.
Le cheval, à la ferme, c'est le vrai compagnon. Celui avec qui l'homme partage ses souffrances d'efforts, ses déceptions d'échecs, la fierté des réussites communes.
Le couple n'est pas sans anicroche. La bête est capable de se cabrer quand elle souffre d'injustice. Et le maître peut crier, menacer, si la tâche exige encore plus de l'animal.

Chez mon oncle comme le plus souvent chez d'autres, ça n'était pas le maître qui était exigeant, mais le travail. Aussi exigeant de l'homme que du cheval.  Encore que, malade ou blessé, on attendait du cheval qu'il guérisse avant de le remettre au travail. C'était un peu la raison d'être de l'arrivée de Mignonne, que ma tante lui reprochait quelquefois quand les fonds étaient au plus bas : "Avant d'acheter ta pouliche, tu y arrivais avec un seul cheval...! "
Oui, mais Lami s'était fait vieux, Mignonne était devenue nécessaire. 

L'homme, seul, ne pouvait pas toujours attendre de guérir. Qui aurait préparé la terre pour semer, semer pour faire pousser, dédoublé les betteraves à fourrage, butter les pommes de terre, faucher les récoltes... Et qui encore les aurait chargé au juste temps de leur murissement ?
Ma tante et les cousines ? Peut-être !
Mon oncle avait deux chevaux, la ferme n'avait qu'un maître

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 5 mars 2007

Les lapins privés d'amours

Quand j'étais petit, je n'étais pas grand.
Ici endimanchés, ma cousine et moi devions avoir onze ans,
A peu de chose près l'âge de quand on avait aidé ma tante à faire le castrage de ses lapins.



"Taper de la patte comme un lapin", "chaud lapin", la réputation de virilité de l'animal mâle n'est pas usurpée. Sauf, pour en faire une viande tendre et généreuse, à le castrer.
Une fois durant les vacances d’été, ma tante avait à « s’occuper » de la virilité des jeunes lapins qui s’ébattaient dans la paille de l’enclos fait de planches de bois blanc dans l’écurie des chevaux (Ecurie des chevaux, étable des vaches, bergerie des moutons, poulailler des volailles, clapier des lapins et pourquoi pas pigeonnier  des pigeons pendant que j’y suis… ? Pléonasmes… ? Et alors ! Ca peut arriver, non ? La preuve !)

Elle commençait par installer des barrages pour diviser l’enclos en trois, poussait tous les lapins jusque là mélangés, garçons et filles non encore pubères, dans l’espace le plus grand.  Assise sur un tabouret à traire à trois pieds, le grand tablier de toile sur les genoux, la paire de vieux ciseaux en main, elle commençait par devoir nous attendre un peu. Pas longtemps, on n’était pas là pour s’amuser. Juste le temps qu’il fallait à deux gamins pour attraper un premier lapin qui refusait le plus souvent de participer.
Ce jour-là, ma cousine et moi, on était de la fête. A nous de présenter  les lapins blancs par les oreilles à la tante, verticalement et de dos. Pas pour qu’il ne voit pas les ciseaux, non, juste que c’était plus facile pour elle de les rabattre sur le tablier du bon côté et de les maintenir d’un bras ferme  pour ne pas se faire griffer. Tout à sa merci, ils ne leur restaient qu’à se laisser écarter les poils de l’entre pattes arrière pour décliner leur appartenance sexuelle : ablation ou pas, là était la question.
La réponse dépendait des attributs mis à nu, qui n’étaient pas sexes d’anges.
Les vierges blanches aussitôt rejetées dans l’une des deux surfaces disponibles, les émasculés blessés dans l’autre.
Chacun notre tour, ma cousine et moi, venions offrir à ma tante un nouveau  lapin de dos, qui subissait illico l'examen gynécologique pré-chirurgical. Pas d'anésthésie, d'anti-douleur, de psy, ni d'antiseptie, ma tante opérait à vif sans laisser au patient le temps d'avoir peur et apparemment sans trop le faire souffrir : sitôt aterri du bon côté de l'enclos, il reprenait ses occupations de façon qui semblait naturelle...

Pour ce qui est des ciseaux, j'ai dit qu'ils étaient vieux, c'est vrai. J'ajoute quand même qu'ils étaient entretenus : l’oncle les avait repassés sur la meule à eau quelques jours avant, en même temps que les couteaux de la cuisine. Je le sais, c’est moi qui tournais la manivelle de la meule. 
                                                                                    à suivre...

par aben publié dans : Témoignage
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Dimanche 4 mars 2007

Un peu absent mais je suis là quand même
Je vous ai mis cinq notes sur mes vacances à la campagne,
qui paraissent progressivement depuis le 27 février.
La dernière est programmée pour le sept mars.

Aujourd'hui,
je veux faire un clin d'oeil à la tante défunte dont je parle dans
"Les deux chevaux de mon oncle".
Ses petits enfants, ses arrières petits enfants,
mes cousins donc - germains et issus de - doivent aussi bien fort penser à elle.

Comme,
je veux l'espèrer, 
tous les petits enfants des grands parents
dont c'est aujourd'hui le jour de fête...


 Bonne fête Mére-grand  
Bon pied bon oeil à vous, bonne et longue vie à vos enfants.

PS : je n'aurai guère de temps ces jours suivants. J'irai vous voir de temps en temps, mais moins souvent. Ne croyez pas que ce sera oubli. Manque de temps, tout simplement...

par aben publié dans : Au jour le jour
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Samedi 3 mars 2007

 Les lapins de ma tante

La cour n'est pas très unie diront certains qui n'ont toujours vécu qu'en ville. C'est normal. La forme lui a été donnée par un lit de craie concassée, recouvert de cailloux, de tout-venant de rivière, terminé d'un peu de gravier, saupoudré de sable fin, tassée, damée, pour supporter les roues cerclées de fer des chariots les plus lourds qu'on appelait "camion". Demain, promis, je vous montrerai, celui de mon oncle.

Le désuni que l'on voit entraîne l'eau du trop plein et de la vidange de l'abreuvoir en un creux exprès. Plus loin. En contrebas. Au pied du tas de litières usagées qu’on appelait fumier. Un tas de pailles et de matières qui fermentaient, d’où montait la vapeur en hiver.
« Fumier », « purin », des mots communs, qui n’avaient rien d’insultant. Des noms de matières naturelles, régénératrices de terre et nourritures de plantes.
Des mots sortis du vocabulaire du monde agricole moderne. Qui s'est habitué à prononcer "Mosando" ou "Pechiney" et d'autres noms que le monde entier emploie comme ceux d'une langue maternelle. Les noms de l'industrie chimique qui sonnent mieux à l'oreille que purin et fumier. Et qui sentent moins mauvais. sans être meilleur à respirer... 
Les chimistes ont si bien packagé leurs mixtures qu'on les dirait plus saines que ce que sait faire la nature. Là où l’homme n’a pas d’intérêts roturiers, les plantes, les animaux meurent après leur vie. Et régénèrent les sols de la décomposition de leurs restes... 
Les engrais et autres pesticides chimiques, mieux présentés que le bouillon d’ortie, nous semblent plus anodins,
Passons.

Ce qu'on ne voit pas non plus, sur la photo, c'est l'intérieur de l'écurie.
Le long du mur de ce côté : rien ! Quelques balles de paille de réserve pour rafraîchir la litière, c'est tout. Autant dire : rien !
Contre le mur d'en face, la mangeoire. Sur toute la longueur. Et devant, moitié gauche, les stalles des deux chevaux, séparées d'un bat-flanc suspendu par deux chaînes. Moitié droite, un enclos fait de planches de bois blanc. A l'intérieur, une épaisse couche de paille d'orge et des dizaines de lapins que l'on appelait "russes". Des blancs, avec le dedant des oreilles roses et un peu de gris sur l'extérieur et sur le bout du nez, qu'ils ne savaient pas tenir au repos. Et avec ça, des yeux superbes, rouges profonds, comme en ont les albinos.

L'élevage de lapins, c'était l'entreprise de ma tante. La ferme était équipée d'un clapier à cases individuelles, une quinzaine de cabanes en longueur sur trois rangées superposées. Elle en avait fait sa nursery. Une quarantaine de mères triées sur le volet mettaient bas ici. Bon an mal an, chaque fin de printemps plus ou moins deux cents choses roses se mettaient à gigoter dans un coin du fond des cabanes.
Il faut savoir qu'une lapine, ça sait s'organiser. Au fond, d'un côté, le nid, douillet, garni de brins de foin fins et de poils de lapin que la maman s'arrache. Dans l’autre coin, les cabinets. Ce qui fait deux quarts de cercles bien séparés, chacun chargé d’un rôle déterminé. La chambre des bébés et les cabinets de la maman loin de la porte grillagée, tout au fond, pour protéger les nouveaux nés de la curiosité des enfants et la sensibilité de leur nez .
Sur le devant, la paille propre et le foin frais. Les éclats de betteraves, les pissenlits, le trèfle ou la luzerne, les trognons de pain dur, tout ce que mange une maman qui allaite ses petits. Les reliefs des repas qu’elle tient au propre pour quand la faim la reprendra.
Personne n’apprend ça aux lapins. Ils ne croisent pas d’enseignants de ces choses là. Qui pourraient leur dire comment faire. Ils ne sortent pas de leur cabanes.
La lapine reproductrice, une fois installée, ça s'organise !
Demain, je vous parle des lapins ados

                                                                                                            à suivre...

par aben publié dans : Témoignage
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Jeudi 1 mars 2007

 Qui se souvient encore du temps des vaches à cornesJe reviens à la photo :
Délabré le mur...?
Non, un peu d'usure du temps qu'on appelle "patine". Les trous carrés du haut sont exprès, pour l'aération. On voit bien le volet qui pourrait les fermer si c'était nécessaire. Sauf que si on les fermait les hirondelles ne pourraient plus venir bâtir leurs nids, couver leurs œufs et nourrir leurs petits. Les palessons apparents ? Ne dirait-on pas aujourd'hui coquetterie d'architecte...?
Pour l'essentiel, pour le maintien en l'état, on a cloué des planches juste au dessus du niveau de l'auge, à hauteur des cornes d'une tête de vache qui boit.

J'oubliais de dire pour les plus jeunes : les vaches de quand j'étais enfant avaient des cornes. Si ! Ca peut étonner aujourd'hui mais pourtant c'est vrai ! Elles naissaient sans, pour ne pas faire mal à leur mère en tétant, mais dès qu'elles pouvaient se passer de pis, il leur en poussait.
Comme il pousse du poil au menton des garçons et de la poitrine aux filles,
Et savez-vous pourquoi les vaches avaient des cornes, qui nous semblaient naturelles autrefois, et n’en on plus aujourd’hui... ?

C’est une toute autre histoire que celles des deux chevaux de mon oncle. Que je veut bien vous raconter ici, mais juste en parenthèse. En espérant ne pas vous faire perdre le fil de l'autre histoire, qui est beaucoup plus importante, celle des deux chevaux de mon oncle.
Alors voilà. Autrefois, pour avoir un veau, il fallait une vache et un taureau. Pour avoir plusieurs veaux, il fallait plusieurs vaches mais toujours un seul taureau.
Dans la cour, pareil. On ne comptait qu'un coq là on l'on voyait sept poules. Cela suffisait pour que les œufs deviennent poussins. Et pareil dans les clapiers, le mâle étant plus rapide à procréer que la femelle, on ne lui laissait à vivre que le temps qu’il atteigne le poids marchand. Pourquoi nourrir des mâles qui ne pondent pas, ne donnent pas  de lait ni ne font de petits… et qui mangent tout autant… ?

Des taureaux, il en fallait encore beaucoup moins que des coqs pour saillir les femelles. Même pas un par ferme. Dans le village, il pouvait bien y en avoir trois ou quatre, mais pas plus, pour une bonne quinzaine de troupeaux.
On les voyait aller livrer leur semence, de ferme en ferme, à pieds le plus souvent - le village n’est pas grand - un anneau dans les trous de naseaux, relié à une courte longe tenue serrée par le maître, d'où l'expression : tenir de main de maître.
Un maître tout aussi fier que la bête. Qui paradait un peu au milieu de la chaussée. Regardait amusé s'écarter les dames sur son passage.  Les saluait d'un sourire satisfait en levant son chapeau sans lâcher l'animal, avec lequel il semblait ne faire qu'un...
Inutile de graver sur le front du taureau : « Je sème à tout vent » tant l'équipée était parlante.

Normal dans ces conditions que des cornes soient poussées sur la tête des vaches… Non ?
Saillie par une bête de concours, peut-être, mais qui se montrait tout aussi généreuse avec tellement d'autres que ce n'en était pas mystère : le taureau inséminateur trompait éhontément son monde !

Et normal aussi qu’aujourd’hui il en soit fini de cette marque d’infamie : chacune reçoit la petite graine d’une éprouvette individuelle. Le papa de chaque veau est son papa à lui sans être le papa des autres.
Sa maman peut passer la porte de l'étable tête haute.
Fini le temps des gigolos… 

                                                                                            à suivre....

par aben publié dans : Témoignage
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Mardi 27 février 2007

Vacances à la ferme
Mon oncle n'avait pas deux voitures de deux chevaux chacune, mais une ferme dite "de deux chevaux".
C'était le nom commun attribué aux petites exploitations. La ferme à un cheval ne pouvait guère nourrir que son homme. A partir de deux chevaux, une famille pouvait vivre, même en payant le fermage à son propriétaire.
Cette année-là, il venait de passer de un sac à un sac et demi à l'hectare..

On leur servait à boire dans l’abreuvoir en pierre aux allures de sarcophage. Creusé dans un seul bloc. Disposé juste devant leur écurie.
Aux vaches aussi on servait de l'eau ici. Et même aux veaux. Mais jamais les uns avec les autres.
Le dimanche, par temps d’orage, on y mettait encore à tremper les deux bidons de lait de la traite du petit matin. Le cheval de tournée passait plus tard ce jour là. Il laissait à son maître le temps de carillonnerla petite messe au clocher de l’église du cimetière. Le lait aurait eu tout le temps de tourner s’il n’avait pas été tenu au frais.

A gauche sur la photo, Lami. Un hongre plus tout jeune. Un vieux serviteur, qui s’était habitué à vivre seul . Qui avait du faire des efforts quand le maître lui avait imposé de la compagnie. Prendre sur lui pour tolérer la présence d’une toute jeune pouliche à ses côtés. Lui faire passer ses caprices de petite fille gâtée qui nuisent au travail. Lui apprendre que l’obéissance au maître n’est pas un rapport de fort à faible, de maître servi par un esclave servile, mais le moyen pour les uns et les autres, le cerveau de l’homme et les jambes des chevaux, de coordonner leurs efforts pour que chacun soit plus serein dans l’exécution de la tâche qui lui revient. Faire admettre à l'ado qu'elle était qu’il est plus facile, quand on est deux, de tirer la charrette dans un même sens.
Elle est ici, au centre, qui s’est un peu enrobée. On l’a appelé Mignonne. Un nom qui lui allait bien quand elle est arrivée, il y a  une paire d’années. 

A droite, au volant de la pompe à godets, mon oncle. Un peu enrobé lui aussi, la moisson devait ne pas être commencée.
Lui aussi s’installait quelquefois près de l’auge en été. Sa lanière de cuir à affûter la lame de son rasoir attachée à la pompe, qu’il tendait d’une main pour la rendre rigide et y passer dans un sens et repasser dans l'autre, le fil de l’acier tranchant. Il se voyait grimacer dans un petit miroir serti de tôle dorée posé en équilibre sur la pompe, à hauteur d’yeux. Pinçant ici une joue, tirant ailleurs une oreille, se prenant le nez entre deux doigts pour le remonter et dégager ainsi le haut de la moustache pour qu'elle n'en souffre pas…
Le coupe choux débusquait le poil ennemi sous la mousse blanche que l'oncle régalait épaisse en larges cercles de blaireau…
Il n’était pas homme à se rendre à l’église, son rasage à l’abreuvoir entre le raffourage et les litières lui fêtaient ses matins de dimanche. 

Ca n’a jamais été que ces matins là que je l’ai vu sans son béret noir, le front tout blanc qui brunissait la partie visible du reste du visage. Pour l’essentiel de la figure, des oreilles au dessous du menton, on ne voyait bien sûr que la mousse crémeuse.
Il restait assez de peau brune pour que le front paraissent encore plus blanc. 
Un dernier rinçage à l’eau puisée dans ses deux mains réunies en coquille, un essuyage au torchon blanc, reste d’un drap découpé et ourlé à la main, et c’était l'eau de cologne de l'après rasage. Aujourd’hui on dirait « after shave ».
Sous l’épaisseur de mousse, la lame ne pouvait pas tout voir. Il lui arrivait de se planter un peu, de trancher ce qui n’aurait pas dû l’être. Mon oncle le savait, ça faisait partie du jeu. Il réparait les fautes d’un morceau de papier à cigarette découpé, à la taille qui convenait. Avec un peu de salive, il le collait sur la peau pour arrêter le sang de maladresse

                                                                                                   à suivre...

par aben publié dans : Témoignage
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Dimanche 25 février 2007

Il est pas frais mon poisson...?

On est encore en bord de Méditerranée, un peu avant Fréjus-Saint-Raphaêl. Sur le territoire de la commune des Issambres. Là ou se trouvent les restes d'un vivier pour le poisson salé.

Les Gallo-romains ont amalgamé l'eau et les rochers pour bâtir un élevage-garde-manger.  J'imagnie le poissonnier de Petitbonhomme venant ici négocier le prix du poisson du banc de son étal...

La mer, en ses jours de colère, n'est pas très maternelle. Son écume est laiteuse d'un lait pas naturel. Les arêtes de ses rochers anguleux sont blessantes pour les écailles d'enfants à queue couleur métal.On aperçoit ici, au centre de l'image, en haut, un drapeau bleu blanc rouge qui flotte sur un caisson qui semble être de béton. C'est ici j'imagine que devait être le bac à poissons, à l'abri de ce remue ménage de guerre millénaire de l'eau contre la pierre.

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Jeudi 22 février 2007

Qui saura la misère des bateaux d'hiver

Qu'il semble doux, en hiver, pour un bateau de mer,
D'attendre les chaleurs,
Sur l'eau d'une rivière.
Ceux-ci sont amarrés, à deux pas de Méditerranée.
A l'embouchure de la rivière Argens,
Tout  près du port et des plages de Fréjus

 

 

Qu'il est bon de se laisser aller au bain de siège
Quand le besoin s'en fait sentir,
Sans personne sur le dos 
Ni qui vous fouaillent les entrailles.

Sauf à savoir ne jamais abuser,
Comme celui-ci, qui s'est laissé aller
 


Bien pauvre le voilà,
Qui s'est tant détrempé 
Que le voici fondu,
Comme bonbon en sirop,
Yeux carrés crevés tout noirs,
Le ventre éviscèré par les poissons
Qui s'en sont fait une maison. 

N'en est-il pas des hommes
Comme il en est des bateaux,
Certains s'épanouissant à ne rien faire
D'autres dépérissant
De ne pouvoir servir...?

Je ne suis pas sur de pouvoir passer beaucoup ces prochains jours. Demain, j'ai 800kms à parcourir pour  remonter en Champagne. Et  à nous réinstaller. Dans la maison, et au jardin. Après plus de deux mois d'absence, je pourrais bien avoir à faire qui me demande un peu de temps...
A tout bientôt quand même... dès que je le peux !

par aben publié dans : Photos
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Mardi 20 février 2007

Caprice de Méditerranée
Bord de mer près de Fréjus,  si peu profond qu'on croirait une saline.
Trop ouvert pourtant pour que le vent et le soleil absorbe l'eau et ne laissent sur le sable doré que cet autre sable : le sel blanc.
Ici, en saison on fait voler les cerfs...
(Si, au bout de grandes ficelles !)
La photo est de la semaine dernière, une journée travaillée d'hiver.
Sur la plage et dans l'eau seulement quelques badauds.
Au loin, Fréjus-Saint-Raphaël...

 

Coquette capricieuse, la Méditerranée se fache.
Fouette le rocher qui protège la plage.
Tempête et fait tant tapage qu'à défaut de connaitre
On pourrait renoncer.

 

Pour qui sait, rien de tel ici qu'en Océan
N'est à craindre.
La belle, émoustillée de mistral,
Nous montre seulement qu'elle a du caractère.

La coquette est soumise et disciple de l'ordre.
On la croit qui s'attaque au phare,
Symbole d'autoirité, 
 Elle se prosterne au contraire,
A son pied.

par aben publié dans : Photos
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Dimanche 18 février 2007

 Ils étaient quatre  verts galants à se pousser du col pour courtiser une consoeur.
Une vie de tous les jours,  sans attendre miracle ni craindre catastrophe 

 

Quand un essaim de poules d'eau dédaigneuses attira leur regard. Un éclaireur  placé là en appeau pour rameuter la foule les suivit,  les autres lui emboitèrent le pas en se laissant glisser.

  
On haranguait la foule !
Ailleurs un coq de bruyère, ici une poule palmée :
"Ecoutez-moi bande de lourdauds. Voyez comme mes poules sont belles, c'est autre chose que vos cannettes grises...

Pourquoi vous mettre le bec que vous avez si joli, dans la puante vase pour attrapper vos vers. D'autres à votre place, qui vivent à ne rien faire, travailleront pour vous"  affirmait l'animal aux candides.

"Je  vous gâterai davantage,
clamait en autre lieu le coq de bruyère... Je sais ou se trouve l'argent qui n'est plus dans les caisses, vous le distribuerai. Vous le valez bien, vous qui êtes honnêtes.

Survint alors un troisième homme, que certains disent quatrième (comme d'autres avant eux l'ont dit d'un mousquetaire) qui promis seulement de les remmettre à flot.
"Mais à flot, nous y sommes !" S'étonnèrent les badauds oubliant le juron du corbeau.

 

 

 

par aben publié dans : Grain de sel
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Ma vie

Soixante-dix ans
quand j'ai commencé le blog

73 depuis le
11 fevrier 2008

Marié
J'habite dans un
petit village de
Champagne
Pied à terre en Provence
J'aime écrire,
jardiner, bricoler.
Et surtout :
ma femme,
mes enfants et
mes petits enfants

sans ordre de préférence.

 

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extraits sur demande par mail
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Pour tous renseignements :
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